Le regard qui tue. La plupart devant sûrement connaître la nature de cette tribune, peu d’entre vous seront étonnés de me voir fustiger contre les mises en nominations du dernier gala des Jutra, annoncées hier dans les grands médias. La 10e édition de notre « serrons-nous très fort en se flattant la bedaine » se tiendra le 9 mars prochain et sera présentée par notre Normand Brathwaite national. Avant de creuser plus profondément, voici un bref aperçu des plus grosses pointures nominées :
Les 3 p’tits cochons : 13 nominations (notre Lawrence of Arabia)
Continental, un film sans fusil : 8 nominations
L’âge des ténèbres : 6 nominations
Nitro : 6 nominations (notre Fast and Furious ensensé)
Ma fille mon ange : 4 nominations
Cachez ce sein que je ne saurais voir. Voilà. Aucune surprise. Mais à quoi fallait-il s’attendre? À voir plusieurs films indépendants que j’ai souvent nommés cette année (et que je ne nommerai plus) se retrouver sélectionnés aux côtés de Nitro, Ma fille mon ange et Les 3 p’tits cochons? À un reniement total des abjects bidules beurrés épais battant des coudes afin d’obtenir le sacrosaint billet d’or? Déjà que le concept de s’entre-donner des petites statuettes afin de montrer au public qu’on la mérite notre place… Malgré tout, trois catégories méritent notre attention :
Meilleur documentaire (Americano, Au pays des colons, Le peuple invisible, Up the Yangtze)
Meilleur film d’animation (Isabelle au bois dormant, Madame Tudli-Putli, Révérence, The tourists)
Meilleur court/moyen long métrage (Can you wave bye-bye?, Dust bowl ha! ha!, Notre prison est un royaume, The colony)
Même s’il est facile d’imaginer les gagnants de ces trois catégories (Le peuple invisible, Madame Tudli-Putli, Dust bowl ha ha!), reste que la sélection dans ces cas me semble plus diversifiée, plus audacieuse. Mais ce n’est pas comme si ces catégories intéressent vraiment le public. Et même si je n’ai pas eu la chance de voir Contre toute espérance et Continental, un film sans fusil, j’espère que les deux films remporteront chacun au moins une statuette, pour la forme.
Le look emprunté. Quelle attitude devrions-nous adopter face à cette grande soirée nombriliste qui sera présentée dans un mois sur les ondes de Radio-Canada? Une indifférence totale? Une indignation à descendre dans les rues? J’opte personnellement pour la deuxième proposition, et ce, même si j’ai de la difficulté avec le concept de « remise de prix ». Pas le temps de jongler avec ses principes alors qu’on varlope le 7ème sans vergogne.
Ouais ben c’est parce que dans la plupart des galas (comme en musique et ailleurs), on demande pas aux gens de la cinémathèque et aux critiques des Cahiers de choisir les films hein. Ce sont les pairs bien souvent, alors le pair qui a le plus de tinamis pas trop intéressés par le cinéma casse-tête…
Pourquoi justement les autres catégories détonent?
«Saviez-vous que si la majorité des candidats en lice sont désignés par leurs pairs, chaque année depuis la création de La Soirée des Jutra en 1999, les Rendez-vous du cinéma québécois sélectionnent les finalistes des Jutra du Meilleur documentaire, le Meilleur court / moyen métrage et Meilleur film d’animation ?»
Ben voilà
J’opte pour le premier choix: être totalement indifférent. Je ne suis pas un fan de prix, simplement car le mot “meilleur” me fait grincer des dents (surtout quand on n’énonce pas clairement sur quoi on se base).
Antoine : ça explique tout. Imaginons quelques secondes un gala où toutes les nominations seraient choisies par les Rendez-vous du cinéma québécois.
Simon : je ne suis pas plus un fan de prix, mais reste que l’événement met de l’avant une certaine façon de voir et de penser notre cinéma qui me lève le cœur.
C’est à savoir si la verbalisation de mon rot change vraiment quelque chose. Ça fait au moins du bien.
Ça changera rien Jason mais un blogue sert à cela entre autres, se faire du bien.
Daccord avec Simon, quand on se bat contre un moulin à vents, mieux vaut l’indifférence mais il fait bon s’indigner entre amis.
Il faudrait une “tribune” aussi importante que les Jutras pour se battre à armes égales et défendre LE cinéma.
L’affaire, c’est que je ne crois pas qu’on puisse mieux défendre le cinéma qu’eux. Oui, on s’indigne face à des choses qui mériteront aussi dans 50 ans qu’on s’indigne face à elles, mais n’oublions pas que, peu importe la manière dont on donne les prix, on n’a pas vraiment d’autre choix que de se planter lamentablement. La plupart de ce qu’on voit comme chefs-d’oeuvres du cinéma américain aujourd’hui n’a pas reçu d’Oscar (ex: Citizen Kane, Psycho, …).
Ça ne veut pas dire qu’on ne doit pas chiâler par contre. Ça veut dire il me semble exactement la phrase d’Yvan: “mieux vaut l’indifférence mais il fait bon s’indigner entre amis.”