
En lisant quelques unes des entrevues présentées dans le recueil de photographies de Elliott Smith par Autumn de Wilde, je n’ai pu que constater, encore une fois, l’incroyable effervescence de la scène de Portland des 90’. Propulsés par l’énergie provoquée par l’explosion du grunge provenant de Seattle, plusieurs groupes et artistes de Portland se sont réunis pour développer une communauté musicale presque aussi intéressante, à mon humble avis, que celle qui a émergé des années dorées du CBGB (Patti Smith, Ramones, Talking Heads, Television et Cie.).
Vous voulez des exemples appuyant mon propos ?
Heatmiser, bien évidemment, porta dès lors fièrement le flambeau de cette scène …
Et Elliott, quant à lui, en deviendra sa renommée …
No.2 nous aura prouvé une fois pour tout le talent de Neil Gust …
Hazel signera pour sa part sur Sub Pop …
Pete Krebs multipliera les concerts avec Elliott …
Et Sam Coomes? Il sera bien occupé avec Quasi ….
Et je pourrais poursuivre l’exemple longtemps, en citant d’autres excellents groupes de cette période tels que : Jr. High, Sleater-Kinney, Crackerbash, etc.
Portland est aussi la ville natale de Larry Crane, fondateur du célèbre magazine Tape Op, l’incontournable référence en matière de Home Recording. Il sera aussi l’instigateur du projet de mise en place du studio d’enregistrement Jackpot ! qui permettra à Elliott Smith, entre autres, de mixer et d’enregistrer une bonne partie de son matériel pré-XO.
Aujourd’hui, Portland est toujours un centre chaud en matière de indie rock. Quoique sa scène s’est quelque peu éloignée de ses racines purement underground pour s’orienter vers une avenue plus pop. D’où l’émergence de groupes tels que Spoon, The Shins, etc.
Nous pouvons nous questionner sur l’état de la scène underground de Québec qui a des allures de navires fantôme en comparaison avec celle de Portland. Certes il y a un potentiel; mais celui-ci semble morcelé par différents facteurs tel que le désintéressement ou l’inaction (le manque de cohésion ?) des différents acteurs. Il y a matière à réflexion.
J’aime cette chronique, d’autant plus que je suis fan de heatmiser et d’Elliot Smith. Néanmoins, un détail m’accroche concernant ton dernier paragraphe faisant état de la scène musicale de Québec. C’est qu’en y pensant comme du monde, on peut bien comparer Portland et Québec, si ce n’est qu’en terme de population les deux cités ont dans les alentours de 500 000 habitants. Sauf que je ne serais pas prêt à dire que Québec a des “allures de navire fantôme”.
Je pense qu’il faut commencer à faire la part des choses, du moins pour lancer quelques pistes des réflexion. Commençons par dire que Québec est une ville francophone et que la majeure partie des groupes émergents se produisent en français dans des évènements undergrounds qui font souvent la promotion de la francophonie : pensons à la panoplie de petits rappeurs de la basse-ville ou de la rive-sud ; des groupes rock’n'roll se produisant dans les petits bars comme le Scanner, l’Ostradamus ou le Bal du Lézard ; des nombreux (peut-être trop) chansonniers qui sont à peu près partout ; des petits bands jazz ; et j’en passe. C’est certain qu’en ayant un tel bastion de bands francophones, on a des évènements qui sont organisés pour en faire la promotion, des plus undergrounds ou plus grands, des petits shows que Chyz organise au festival d’été qui donne la tribune à des groupes émergeants quand c’est possible, etc. Juste pour ça je dirais que Québec n’est pas si morte que ça côté culturel.
Maintenant, pensons aux différents facteurs géographiques et sociologiques. Le Québec est un îlot francophone au milieu d’un océan anglophones. Il est à peu près impensable pour des bands québécois-français d’aller se produire en dehors de la province, d’autant plus que généralement le son en est particulier et ne vise pas nécessairement à se faire connaître internationalement. Des plus chanceux et travaillants, il reste néanmoins la France. Sauf que ce n’est pas à portée de main de tout le monde, si ce n’est que pour des raisons monétaires.
Ces derniers points m’amènent à parler de ce que tu voulais sûrement souligner, c’est-à-dire des petits bands undergrounds de l’underground. Certains qui oeuvrent et composent en anglais, pour différentes raisons, se retrouvent dans un milieu culturel majoritairement francophone faisant en grande partie la promotion de cette culture française. À ce premier handicap, on peut ajouter que pour la grande superficie de la province, les grandes villes sont d’une part rares, et d’autres part très éloignées. Nous ne sommes pas au Connecticut où, en une fin de semaine, on peut aller dans 50 grandes villes américaines. La distances parcourable est très limitée : on peut aller dans les maritimes ou, à l’inverse, à Toronto si on est bien motivé et c’est à peu près tout si on exclut Montréal, Québec et Gatineau. Pour les States, c’est à peu près la même chose, à la difficulté de traverser les douanes s’ajoute qu’il est difficile pour un band de pouvoir parcourir de grandes distances en peu de temps du à la géographie.
Combine ces facteurs à d’autres que j’ai sûrement oubliés, et je ne crois pas qu’il y a tant d’inaction que ça, de replis sur soi-même (oui dans un certain sens mais non dans un autre), ou encore que la scène underground soit si en piteuse état que ça, mais plutôt du désintéressement face à cette partie de la scène underground dont tu fais partie. Je crois que les raisons sont tout à fait justifiables.
Bon, je ne me relis pas, j’ai d’autres choses à faire. Je te dis, fais ton chemin et travaille puis tu chialeras après.
Cela fait écho à une discussion que nous avons déjà eue il y a peut-être un an je crois ?
Les points que tu apportes vis-à-vis “le fait français” qui caractérise si bien “l’espace artistique” au Québec, si je peux l’appeler ainsi, influence effectivement à la fois les exécuteurs de l’art (les musiciens qui agissent en fonction du langage qu’ils utilisent) et le publique visé (des individus francophones qui écoutent de la musique francophone). Cela a bien évidemment un effet direct sur les aspirations et les visées des créateurs, mais aussi de ceux qui “consomment” l’art (la fameuse question des aspirations locales vs internationales). En nous basant strictement sur l’aspect linguistique de la question, nous pourrions sans contredit affirmer qu’il est très difficile de comparer la scène de Portland avec celle de Québec.
Mais là n’était pas mon point. La question du langage est, selon moi, futile. À la limite, on aime tout les deux Envy et on ne comprend absolument aucun mot de ce que le chanteur peut chanter / crier (je devrais sincèrement me mettre au japonais !). Je ne sais pas si tu connais Ekkaia, mais c’est la même histoire sauf cette fois, c’est en espagnol. La musique peut, lorsqu’elle est bien exécutée, transcender la barrière linguistique… Mais cela, c’est mon humble avis de mélomane fini.
Le fait que tu soulignes la « distance » comme un facteur pouvant avoir un effet sur le succès d’un groupe est, bien évidemment, incontestable. Mais encore une fois, c’est toujours difficile d’évaluer jusqu’à quel point cela a un effet. Prends juste par exemple Dahmer. Je te l’accorde le grindcore est un style très difficile d’approche. Mais voilà que Dahmer, sans même sortir du Québec pour réaliser un spectacle (il faudrait que je reconfirme ce fait avec Yvan, le drummeur), est maintenant devenu une légende dans le domaine. À un point tel qu’ils se sont fait proposer de sortir un album sur Relapse Records ! Cela est probablement un effet de cette fameuse démocratisation des techniques de diffusion de l’information dans les réseaux (via Internet par exemple) qui aura permis, par exemple, au Japonais dans son sous-sol de découvrir ce mystérieux groupe de Québec qui, étrangement, ne fait pas de tournée mondiale (rappelle-toi de notre ami Castells !). Mais ça, c’est la beauté de l’art. Pourquoi les fans de grindcore se sont attardés sur le cas de Dahmer lorsqu’il y des milliers de groupes similaires dans le monde ? Probablement parce que ce qu’il faisait, dans leur domaine, était à la fois original / intéressant / captivant. C’est certain que plus tu réalises de spectacles à des endroits diversifiés, plus tu augmentes tes chances de faire parler de ta musique. Mais je crois qu’il a désormais d’autres facteurs qui entrent en ligne de compte. Je devrais sincèrement réfléchir davantage sur ce point. Nous en rediscuterons.
En ce qui concerne ce commentaire personnel, au dernier paragraphe, celui-ci faisait davantage allusion à cette communauté construite non pas uniquement par des groupes (qui réalisent de la musique francophone, anglophone, instrumentale, etc.) et des bookers qui organisent des spectacles, mais aussi par des labels, des magasins de musique, des studios d’enregistrement, des zines ; ce qui, à mon avis, manque à Québec.
D’accord il y a toujours l’argument classique qui consiste à renvoyer la balle dans le camp de celui qui la lance. Quelqu’un qui ne me connaît pas pourrait, de façon tout à fait légitime, me dire que je suis qu’un “idéaliste qui ne passe pas à l’action”. Cependant, en sachant que j’englouti approximativement 90% de mon temps libre, de mon énergie et de mes économies à l’intérieur de tout se relie à Pechblende (enregistrements, réparations de la vannes qui est toujours brisée, organisation et réalisation de tournées qui sont plus broche à foin que le foin utilisé dans la ferme de mon ancien voisin de jeunesse en Gaspésie, etc.), on comprend peut-être mieux pourquoi je ne peux pas (même si je le voulais) organiser des spectacles, investir dans un labels, etc. C’est la même chose pour Adam qui n’a toujours pas payé sa session d’université d’automne et Mathieu qui considère l’option d’aller chez Anapharm pour pouvoir payer sa part de la session de studio au printemps (ce qui s’avère être probablement une blague, mais qui démontre clairement la détresse psychologique dont peuvent engendrer toutes les galères reliées au rôle « d’être dans un groupe de musique ») !
C’est cette énergie, que vous avez vous aussi avec Words, que Pierre-Luc a avec Tuned to You Records, que je considère comme tout à fait inspirante; mais aussi manquante à Québec (question de feeling; c’est clair que je n’ai pas réalisé d’étude empirique sur le sujet). C’est cette énergie, lorsqu’elle est mieux canalisée, qui peut, hypothétiquement, créer des “Portland no.2″. On perd de l’argent à chaque fois, on a plus une once d’énergie, on se chicane entre nous, mais, on continue quand même parce qu’on y croit. Combien de fois j’ai eu le goût de « tout sacrer ça là »… Cela ne se compte plus sur les deux mains
La musique c’est comme une relation sadomasochiste, ça fait souvent mal, mais on y tire toujours un plaisir coupable.
En relisant mon billet initial, j’y suis peut-être allé fort sur certains termes utilisés dans mon dernier paragraphe. Cela manquait probablement de subtilité… Peut-être j’écrirai un billet plus détaillé sur le sujet éventuellement.
Désolé si tu vois des incohérences dans mon propos ; il est tard et je me suis plus ou moins relu. Mais je crois que l’essentiel y est !
Je crois, personnellement, que la ville de Québec n’a peu à envier aux autres villes. Si nous prenons la peine de regarder ce qui se fait et ce qui s’est fait dans les milieux plus underground dans la ville de Québec, ça ne prend pas réellement de temps pour voir qu’on a rien à envier aux plus grandes villes.
Faisons, par pur plaisir, une rétrospective des années précédentes. Québec a vu naître plusieurs « labels », Cyclop, Tuned To You, Exo Records, New Horizon et probablement quelques autres qui me viennent pas à l’esprit présentement.
Appliquons cette même exercice aux groupes : Fifth Hour Hero, Mi Amore, Commando, The Allstars, Words, Nyhil, Dahmer, FistFuck, Limoilou Starz, Webster, Words, Wasted Sunday, The Acousticolics, GFK, Pascale Picard et j’en passes. Sans oublier les DJs de la ville de Québec qui tranquillement pas vite se font une réputation.
Nous sommes plus limités coté magasin, mais il y a toujours le EXO, platine, La Page Noire et plusieurs boutiques d’album usagé autant en ville, qu’à Ste-foy, Sillery ou Limoilou.
La musique underground a une bonne part de diffusion radiophonique grâce à CHYZ entre autres. Il y a des dizaines et des dizaines d’artistes qui se produisent chaque semaine dans les différents endroits de la ville. FG a parlé du Festival d’été, mais il ne faut pas oublier le Festival OFF, qui se consacrent encore plus à la scène émergeante et underground, Envol et Macadam qui permet à de jeunes talents de lancer leur carrière.
Pour ce qui est des studios d’enregistrement, je ne peux guère m’avancer sur le sujet car je connais très peu ce milieu là.
Mais, pour ce qui est des Zines, il y a eu très peu de zines dans la régions de Québec, quoi que dire qu’il en a pas serait se fermer les yeux, sur plein de petits journaux de gauche qui se retrouve de temps à autres dans ma boîte aux lettres par hasard. Cependant, à quoi bon un zine papier en 2008 ? Créer plus de pollution? Utiliser du papier, donc encourager la coupe de bois (qui est quand même assez abusive, on connaît bien ce problème en Gaspésie). Rester avec des copies, donc du gaspillage d’argent et de ressources. Je crois que l’avenir des Zines se retrouve sur internet avec la possibilité de donner une version papier aux personnes qui en font la demande moyennant un prix d’achat pour couvrir l’impression.
Honnêtement, je connais très peu la scène de Portland, donc je ne peux pas parler de la comparaison avec Québec. Mais je crois que dire que le mouvement underground de Québec est un navire fantôme, c’est un peu fermer les yeux sur bien des trucs. Même si ces trucs ne sont pas toujours bons et intéressants.
Francis, il y a des trucs que je n’ai pas dit dans mon dernier commentaire parce que je pensais qu’ils étaient « évidents ». Je me rends compte que j’aurais du les spécifier dès le départ puisqu’il y a encore une couple de trucs avec lesquelles je ne suis pas d’accord.
Ce que je voulais montrer en tout premier lieu, c’est qu’il y a bel et bien une effervescence culturelle au Québec et à Québec. Que ce soit musical, artistique, littéraire ou cinématographique, il y a beaucoup de choses qui sont mis en branle et ça bouge y compris au sein de la scène underground, qu’elle soit en français ou en anglais. Pour cette raison je pense que Québec et Portland peuvent être comparés, du moins d’un point de vu quantitatif. Je serais peut-être même prêt à dire que Québec a probablement une vie culturelle plus chargée et complète que Portland. D’un point de vue d’une scène musicale underground, ça se traduit par de nombreux groupes de divers champs, différents évènements plus ou moins grands ; bref, ce que j’ai énuméré plus haut dans le premier commentaire et d’un point de vue francophone. La langue n’est pas pour moi futile pour expliquer le tout, au contraire je la placerais probablement comme un des facteurs les plus importants. Principal véhicule de la culture (anthropologique), elle promeut une vision du monde propre à elle, elle devient un point de ralliement identitaire, organise les symboliques collectives, et j’en passe. Ça, tu le sais déjà, et ce que tu sais également c’est que pour des individus membres d’une communauté, ou plus largement d’une société, c’est terriblement important. L’art est selon moi une des principales manifestations d’une culture donnée et si par la musique nous ne sommes pas capable d’y arriver, c’est que je crois que tu vies dans une société/culture mourante ou que tu t’es probablement trompé d’endroit. Pour ce qui est de la scène underground, chanter en français devient donc important jusqu’à un certain point et le public, conscient ou inconscient, va à mon avis consommer et appréhender la musique d’une manière différente dépendamment du son mais également de la langue. En ce sens, depuis le siècle passé, le Québec (mettons de côté la culture canadienne-française) a vu naître une panoplie de groupes musicaux (ou d’autres formes d’art, le cinéma n’a-t-il pas connu un boom?) chantant en français. Le Gouvernement du Québec sait que c’est la musique est un des gros wagon culturel et investit de l’argent pour promouvoir ce genre d’initiatives, qu’elles soient moins grosses – band jazz qui sort du garage et qui veut faire les bars – au plus grand qui voudrait traverser l’océan. Pour cette raison, je pense que la langue est un facteur important parce qu’elle cerne en quelque sorte ce qui peut s’épanouir au Québec, au du moins à Québec. On ne fait pas exception, les communautés latinos, par exemple, ont également leur musique qui s’épanoui et qui est valorisée dans leur société.
Cette discrétion m’amène à continuer mon point de comparaison avec Portland, mais cette fois-ci d’une manière qualitative. Si la langue peut véhiculer tout un bagage culturel modelé par une histoire propre d’une société donnée, cela peut s’appliquer à un ensemble plus petit, comme une ville. Rien n’émerge du néant. Des évènements impliquant des acteurs se produisent et forment des expériences et des histoires particulières ; la construction d’une mémoire est mis en branle et les acteurs seront amenés à agir et à bricoler une réalité différemment selon les diverses conjonctures (bon, je l’avoue, je déteste Durkheim est les fonctionnalistes/systémistes). Portland (ou New-York, Gainsville, Boston, L.A., etc.) a eu, durant un temps, une effervescence particulière à elle, avec un son relativement particulier et ses acteurs clés. Québec l’a eu (et l’a), mais ses acteurs, son histoire, a fait que l’intérêt s’ait porté sur d’autre types musicaux.
Dans cette optique, Québec regorge de magazines culturels, d’initiatives individuelles, etc. Ce n’est pas ça qui manque et je te dirais que la lacune est seulement que tu te retrouves au mauvais moment, mais surtout au mauvais endroit pour développer le style musical que tu souhaites. D’une part, disons seulement qu’aux différentes crises où le punk/hardcore a émergé, le Québec s’est retrouvé beaucoup moins touché qu’aurait pu l’être les USA, mais surtout que si une sous-culture a pris son envol, elle a réapproprié et réarticulé ce mouvement pour lui donner une allure québécoise et francophone (ohhh, la langue!). D’autre part, à cela on peut ajouter la composition démographique actuelle de (ou plus largement du Québec) Québec qui ne connaît pas le même taux de criminalité, pauvreté, etc., mais surtout la même culture que certaines villes américaines et, de ce fait, n’auront pas la même composition sous-culturelle qui s’intéresse et construisent des manifestations qui peuvent se traduire, entre autres, par des styles musicaux plus marginaux. Tu sais, Québec c’est composée majoritairement d’arrondissements, de banlieues. C’est un peu normal que les kids s’intéressent aux trucs pops qui passent à Musique Plus et non pas aux chose sales ; le banlieusard c’est l’idéal-type de la culture pop, ils sont le public majoritairement ciblé.
Bon, maintenant je conclurais ce commentaire en ré-entrant dans le vif du sujet : nous, ou la scène underground en marge du reste. La distance est probablement le plus gros facteur de succès d’un band qui veut œuvre dans un milieu qui n’est pas nécessairement à portée de main. Le cas de Dahmer est, selon moi, mauvais parce que s’ils ont probablement bénéficiés des techniques de diffusion, ils n’ont pas eu le temps de souffrir de l’effet boomerang : à savoir que Internet, majoritairement, a amené le déclin de l’industrie du cd pour des raisons que nous connaissons tous. Les NTICs ont permis une diffusion plus efficace des bands à travers le monde entier, mais aussi elle a contribué à sursaturé le consommateur et à pirater la musique à peu près partout et n’importe quoi. C’est ces raisons qui ramènent, de mon avis, le facteur géographique en avant-plan. Si tu veux te faire connaître, mais surtout pouvoir rouler, il faut que tu sortes, que tu voyages et que tu fasses valoir ta musique. Un label sera intéressé de signer un band que s’il peut faire les efforts de se faire connaître et de se faire démarquer par le biais de shows. C’est compréhensible puisque premièrement on vend vraiment plus de cds (et les autres produits, surtout) en shows, et, deuxièmement, si tu fais valoir tes talents en shows, le label va pouvoir vendre des produits dérivés qui sont devenus plus payants. C’est ici que l’on revient à ce que j’ai dit précédemment.
Bon, j’aurais encore à écrire et préciser des tonnes de trucs, mais je pense que l’essentiel est là pour compléter la premier message. Tu étais fatigué lorsque tu as écrit hier soir, moi je suis terriblement distrait puisque je t’écris en même temps que j’assiste à une conférence au DKN.
FG
J’avais laissé la page ouverte et je n’avais pas vu le post à Parker. Bon post David.
FG
En fait Parker complète ce que je viens de dire.
FG
Je suis maintenant complètement réveillé !
À vrai dire, mon but premier du billet n’était pas de faire un essai sur “l’état de la situation” à Québec, mais plutôt de présenter certains groupes de Portland. J’aurais probablement ne pas dû inclure ce petit dernier paragraphe qui faisait davantage allusion à un état d’esprit momentané, plûtot qu’une réflexion appronfondie de la question appuyée par des faits empiriques. Il était davantage question “d’un feeling spontané (semi-irrationnel, mais toutefois bien présent)” plutôt que “d’une description précise de la situation appuyée par une réalité concrète”. La preuve, je ne me suis pas étendu sur le sujet à l’intérieur de mon billet (car là n’était pas mon bût premier).
Vos arguments tiennent la route et je suis d’accord à 95% avec ce vous dites (concernant CHYZ, la Page Noire, le festival OFF, etc.). Et votre argumentation m’a fait réaliser que je me suis éloigné de mon but premier avec ce blog qui est “d’uniquement me concentrer à présenter des oeuvres / aspects de la musique que je considère comme intéressants” et non pas de laisser le côté fataliste en moi prendre le dessus à l’intérieur de commentaires non productifs/ orientés vers mes feelings. Oui, j’ai parfois cette impression de dérive ; qu’elle soit justifiée ou non par des faits empiriques. Mais cela, je vous l’accorde, n’est guère pertinent au débat.
Comme dirait David, “à la dump ce paragraphe ambigu”.
Et si vous voulez (re)initier le débat sur vos blogs, je me ferai un plaisir de participer activement.
Du fait, David, à quand la prochaine rencontre de la coopérative ?
Francis
p.s. : FG, ton deuxième commentaire est vraiment intéressant.
p.s.2 : Je réalise que je me suis mal exprimé en abordant la question de la langue dans mon commentaire #1. En qualifiant de futile la question de la langue (peut importe sa nature), je faisais uniquement allusion à celle-ci en tant qu’entité “x” de la structure “y” d’un groupe de musique (et non pas de son utilisation comme moyen d’affirmation identitaire… Ce qui est, comme tu l’as bien indiqué, un élément marquant de la survie d’une culture face à l’atrophie). Mon point se situait davantage dans une perspective phénoménologique de la musique. À savoir, s’il est possible d’apprécier de la musique sans être lié, personnellement, avec “son langage”. D’où l’utilisation des exemples de Envy et de Ekkaia. J’aurais aussi pu aussi utiliser le shoegaze comme exemple d’un style musical considérant bien souvent le vocal comme un instrument provocant “des textures” plutôt qu’un instrument permettant la diffusion d’un message quelconque (poétique, politique, absurde, etc.). La musique instrumentale et le classique sont eux aussi de bons exemples de cette autosuffisance et de cette universalité de la musique vis-à-vis elle-même. Je me rends juste compte que cet argument n’avait aucun lien avec ton premier commentaire et cela est probablement dû au fait que, hier soir, j’ai lu trop rapidement tes points. Je m’en excuse.
Question de battre le fer pendant qu’il est chaud.
Premièrement, je crois pas que le problème, s’il y a problème, se situe au niveau de la structure entourant les groupes. Parker t’as raison pour les labels, pour CHYZ, pour ce qui permet à la musique de se répandre. C’est pas non plus qu’il y a pas de bons bands à Québec, même si dans ce cas-là j’ai de la difficulté avec ton énumération. Beaucoup de ces bands là n’existent plus, certains je les metterai pas dans «l’underground». Je crois que ce qui dérange Francis (si je peux me permettre) et ce qui me dérange c’est l’absence de groupes vraiment subversifs. Ok subversif c’est pousser, mais quand même, je trouve que musicalement y’a rien à se garrocher sur les murs. Finalement ce que NOUS on aime (post-punk) est pas représenté dans l’underground. Personnellement le groupe le plus près que j’aime vraiment (si j’exclus Pechblende pis Commando, slurp slurp) c’est LAPOP!, pis ils viennent de Victo. C’est frustrant, mais c’est ça. Pis dans ces temps-là c’est difficile d’encourager la scène si musicalement elle t’intéresse pas. Faudrait le faire par principe? Moi j’essaie de soutenir le cinéma québécois, dans la mesure où il y a des cinéastes que je considère vraiment intéressants. J’aurais pas dit la même chose il y a 5 ans, pour un paquet de raisons. Souvent on est juste pas au courant de ce qui se passe (on va me dire que moins de 50 personnes au show de The Evens c’était normal?).