
La réalisation d’un album est quelque chose de fondamental. Vous pouvez tenir entre vos mains un album qui vous jette par terre grâce à ses qualités musicales (son innovation, son originalité, son groove, etc.), mais qui vous laisse toujours sur votre faim, et ce, sans trop savoir pourquoi. Pour bien réussir un album, il est essentiel d’y apporter un souci esthétique tout aussi particulier aux prises de son, au mix et au master pour actualiser tout le potentiel musical des chansons qui sont enregistrées. Ne pas se limiter au modèle facile que l’industrie propose (ou plutôt impose); expérimenter pour trouver le bon son! Là est la première (et non l’unique) clef de la réussite artistique en musique. Et cela, Phil Spector l’a très bien compris ! En fait, j’aurais pu utiliser ici le cas d’All Things Must Past de Harrison qui, uniquement avec son Wah Wah, aurait illustré mon propos sans même que j’ai besoin d’avoir recours à des mots tant la réalisation est réussite !
Faut-il avoir un gros budget pour bien réaliser un bon album? Je réponds à la fois oui et non. « Oui » pour la facilité à l’accès du matériel et aux ingénieurs légendaires (c.-à-d. : Steve Albini, Howard Bilerman, etc.) qu’un bon budget peut fournir et, « non », parce qu’il est tout à fait possible d’arriver à des résultats tout aussi intéressants par les voies de l’éthique DIY (Do It Yourself). Elliott Smith nous l’a prouvé, Breach nous l’a prouvé (avec Godbox) et les Wipers nous l’ont eux aussi prouvé.
Maintenant, tout dépend des visées profondes de « l’artiste » :
A. Malheureusement, dû au fait que les standards de la musique populaire d’aujourd’hui imposent encore et encore la standardisation d’un modèle de réalisation musicale qu’elle autodéfinit, la place de la liberté de création, à ce niveau, est très limitée. Donc, l’artiste qui a pour visée de vivre de son « art » n’aura d’autres choix que de se plier à cette contrainte et, par conséquent, devra ainsi délaisser cet aspect important de son œuvre. C’est, en quelque sorte, la voie de la perversion. Seule une poignée de musiciens professionnels peuvent désormais se permettre l’expérimentation; car ceux-ci n’ont plus rien à prouver à personne (pensons ici à Radiohead).
B. Certains groupes ou musiciens peuvent réussir à se tailler une place dans le monde de la musique populaire grâce à leur immense talent et à leur indiscutable ingéniosité (et non pas parce qu’ils étaient appuyés, à la base, par une quelconque machine médiatique ou par un label du nom de Universal Records). Généralement, ces groupes proviennent de scènes undergrounds diverses et ont, à l’instar des idoles instantanées, expérimenté et forgé leur son avant d’être approché par des majors labels. Parmi cette catégorie figurent, par exemple, Sonic Youth, Husker Dü, Wilco, Television, etc.
C. L’underground, cet espace ouvert à quiconque désirant faire de la musique, s’avère être l’espace de prédilection pour l’expérimentation. En théorie, la seule contrainte directe qui s’applique aux musiciens est l’aspect « financier ». Mais cela peut, à bien des égards, se transformer en un avantage. La carence financière peut provoquer l’innovation et, par le fait même, la recherche de brillantes solutions alternatives! Bien évidemment, si nous pouvons découvrir de nouveaux bijoux au sein de cette scène, attendez-vous aussi à écouter un bon nombre « d’albums » + ou – intéressant. Il suffit uniquement de bien chercher et de continuer à promouvoir cette éthique!
À ce propos, mon cher ami Jason me faisait récemment remarquer l’immense qualité de la réalisation du dernier album de Spoon : Ga Ga Ga Ga Ga. En effet, nous avons ici affaire à une impécable réalisation qui met en valeur un album qui, à la base, aurait été musicalement tout aussi intéressant.
Les exemples sont cependant multiples; à vous de réaliser vos découvertes!
Clairement un indice de ce qui va se retrouver dans notre top 10 des meilleurs albums de l’année.